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Tingerlaat - Très haute Protection Solaire

UNE EQUIPE, UNE CORDEE, UNE HISTOIRE...

A Chloé et Max..

L'Ogre, à la prononciation de ce nom, un récit, une image viennent immédiatement à l'esprit de tout alpiniste et amateur de livre de montagne. En effet, cette face de presque 1800m de haut parfois déversante représente la force de la montagne. Elle nous rappelle à quel point il faut aborder ce milieu avec respect.

Lundi au cours de la journée,

une partie de l'équipe ERTIPS Expédition (Amyot et Rako) décide de partir coté Grindewald pour voir les conditions de «LA» face. La météo a l'air bonne, la forme physique et la motivation de la cordée aussi. Cela fait assez de paramètres réunis pour ce déplacer jusque là-bas.

Mardi 3h,

départ de Chamonix avec pour objectif, prendre le premier train, et si c'est bon, monter au plus haut dans la face dans la Voie Heckmair 1938. A 7h, nous sommes prêts à charger la luge et les sacs dans le train du Jungfrau. 8h, nous sortons du train à la gare intermédiaire de Bahnhof Scheidegg (pour ceux qui croient que le prix du train est cher: 20frss/pers l'aller jusque là). 8H05, l'aventure commence par une descente en luge direction le pied de la face.

8h15, ça rigole beaucoup moins. On dépose la luge à un endroit stratégique et maintenant on brasse à mi-cuisse voir à la taille, dans de la neige fraiche, avec les skieurs de la station qui passent à mac balle, équipés de gros fat avec rockers énormes, en criant «HIIIIIIAAAA».

10h, on arrive enfin au pied de la face. C'est marrant, durant cette approche, pas un membre de la cordée n'a exprimé le moindre doute. On attaque les pentes de neige en se disant «ça va moins brasser, c'est plus raide, ça aura purgé..». Pas tant, on en a encore jusqu'aux genoux, et cela jusqu'à la fissure difficile.

Une corde fixe nous induit en erreur. Nous voilà à tirer comme des débiles dans une dalle raide, alors que la voie passe tranquillement à gauche par un système de cheminée/fissure beaucoup moins fatigant car faisable en libre... Nous croisons les coupables (les poseurs de cordes fixes), échangeons quelques politesses (finalement ils sont plutôt cools) même si le cœur n'y est pas. Et en discutant avec eux, nous apprenons que des plans pour un film vont être tournés dans la face le lendemain, mais qu'ils ne dépasseront pas la Traversée Hinterstoisser. Ouf, on va pas être trop dérangé.

Après avoir effectué cette traversée historique, nous réalisons pleinement l'immensité de la face. Des ressauts déversants se dressent au dessus de nous. La seule ligne de faiblesse est la voie que nous empruntons (chapeaux bas les anciens).

19h, couché du soleil, nous profitons de ce moment magique avant d'allumer nos frontales. Il reste environ 150m de dénivelé pour arriver au bivouac. On fait le point sur l'état des troupes et Amyot prend le relais dans la dernière longueur technique (obscurité totale) car Rako est en train de couler une bielle. La cordée arrive au Bivouac de la Mort à 21h. On prend le temps de tailler une marche de 1m de large, faire une main courante, boire, manger, et on se couche vers 23h.

Mercredi 6h, réveil.

Avec le manque de place au bivouac et la contemplation du beau levé de soleil, la troupe décolle à 8h.Direct ça réveille, on évolue lentement dans les longueurs techniques de la rampe, fournies abondamment en bouchons de neige. Nos espoirs d'effectuer la descente aujourd'hui s'envole. Petite info, il faut mettre le matelas de bivouac à gauche du sac ce jour là, sinon ça racle (on s'est fait avoir).

13h30, on se trouve au milieu de la traversée des dieux. On comprend tout de suite pourquoi elle porte ce nom. C'est une grimpe délicate sur petites marches en calcaire tournées dans le mauvais sens et cachées par la neige. De plus, les protections se font rares et on surplombe 1200m de vide. Malgré tout, ça vaut le coup car on se sent «coupé du monde réel, sur une montagne sans fin» (John Harlin III).

Évoluant rapidement vers les Fissures de Sortie, on se dit: «si au dessus, c'est aussi dur que la rampe, on est pas en haut». Mais finalement la forme et le soleil sont au rendez vous. Nous ne voyons pas les difficultés dans les longueurs et arrivons dans la dernière pente de neige assez rapidement. Tous cela avec quand même une petite frayeur, seul au dernier relais, Rako perd un piolet en se jetant sur le coté pour éviter une chute de pierre.

La cordée arrive au sommet vers 20h avec comme cadeau, un magnifique couché de soleil et un excellent bivouac. On a bien fait de prendre notre temps....

Jeudi,

la descente par la voie normale s'effectue sans encombre, avec quand même de la neige jusqu'aux genoux. L'itinéraire est évident, mais ça vaut le coup de le faire de jour.

Arrivés sur les pistes de skis, nous employons la technique ramasse pour rejoindre notre luge.

De là, une descente mémorable commence. Voilà le tableau, à deux sur une luge avec des sacs énormes, nous descendons à fond jusqu'à Grindewald. Pour tout vous dire, on a bien rigolé, mais c'était le passage le plus dangereux de notre petit voyage.

Ayant du mal à réaliser ceux que l'on venait de faire, nous voilà repartis heureux, roulant les pieds au soleil par la fenêtre de la voiture.

Propulsé par G.Gensse.